Jean-Michel Cohen, tu l’as forcément croisé. À la télé, dans un magazine chez le dentiste, ou sur la couverture d’un livre en tête de gondole au rayon santé. Pendant vingt ans, il a été le nutritionniste des plateaux. Et sa méthode, qu’on appelle aussi Savoir maigrir, revendique plus de 700 000 inscrits. Alors, sérieux ou pas sérieux ? On a épluché ce qu’on pouvait vérifier.

La réponse courte, si tu es pressée

La méthode Cohen, c’est un régime hypocalorique plutôt classique, sans aliment interdit, avec des menus tout prêts et un accompagnement par des diététiciennes. Sur le papier, c’est nettement plus raisonnable que Dukan ou la soupe au chou.

Mais trois choses nous gênent. Les versions les plus rapides descendent très bas en calories. L’ANSES a relevé en 2010 des manques nutritionnels dans la phase « booster » de son livre. Et on n’a trouvé aucune étude publiée qui ait évalué le programme lui-même. Donc : pas une arnaque, mais pas non plus la méthode « validée » qu’on imagine.

C’est quoi, la méthode Cohen, concrètement ?

L’idée date du livre Savoir maigrir, sorti en 2002, qui a ensuite donné naissance à un site et à une appli payants. Le principe tient en une phrase : tu manges moins de calories que tu n’en dépenses, mais avec des repas normaux, du pain, des féculents, un peu de fromage. Rien n’est rayé de la liste.

Aujourd’hui, le programme propose plusieurs niveaux, de 1 200 à 1 800 kcal par jour, avec 1 400 kcal conseillées pour démarrer. Il existe aussi une formule accélérée à 900 kcal et un « jeûne Cohen » de 16 heures, présentés comme des coups de pouce ponctuels.

Côté pratique, tu reçois des menus de la semaine, la liste de courses qui va avec, des équivalences pour remplacer un aliment par un autre, un suivi de ta courbe de poids et un accès à des diététiciennes (en groupe, par message ou en visio selon la formule). D’après la page d’aide du site, compte environ 39 € par mois sans engagement, avec des remises si tu t’engages sur trois ou six mois.

Ce qui tient franchement la route

Soyons honnêtes : il y a de bonnes idées là-dedans.

  • Aucun aliment n’est diabolisé. Tu peux manger une tartine, un yaourt, un carré de chocolat. Mentalement, c’est beaucoup moins violent qu’une méthode qui te fait vivre à coup de protéines pures.
  • Les menus enlèvent la charge mentale. Quand tu rentres à 19 h avec la tête pleine, ne pas avoir à te demander « qu’est-ce que je mange ? » vaut de l’or.
  • Tu apprends les portions. Au bout de quelques semaines, tu vois à l’œil nu ce que représentent 100 g de riz cuit ou une portion de fromage. Ce savoir-là, tu le gardes.
  • Il y a de vraies diététiciennes derrière. Pas un algorithme seul, pas un coach autoproclamé.

Ce que l’ANSES a trouvé en regardant les assiettes

En novembre 2010, l’ANSES (l’agence française de sécurité sanitaire de l’alimentation) a publié un gros rapport sur les pratiques alimentaires d’amaigrissement. Ses experts ont pris une journée type d’une bonne quinzaine de régimes connus et ont calculé, nutriment par nutriment, ce qu’elle apportait réellement. Celui du Dr Cohen en faisait partie, dans la version de son livre Maigrir, le grand mensonge (2009).

La phase de démarrage de ce livre, dite « effet booster », promettait 5 kg en 15 jours avec moins de 40 g de sucres par jour, pendant un mois maximum. Voilà ce que l’ANSES y a trouvé :

  • près de 60 % des calories venaient des graisses, bien au-dessus des 35 à 40 % conseillés ;
  • le sel dépassait la limite de l’OMS (5 g par jour) ;
  • la vitamine C ne couvrait même pas le besoin minimal d’un adulte ;
  • chez la femme, le fer non plus ;
  • chez l’homme, le sélénium manquait (et il manquait aussi dans la phase suivante).

La phase suivante, autour de 1 500 kcal, s’en sortait mieux, avec surtout un déficit en vitamine E. Autrement dit, plus c’est rapide, plus c’est bancal. Ce n’est pas propre à Cohen, d’ailleurs : dans le rapport, les phases de démarrage des autres méthodes à la mode ne font pas beaucoup mieux.

Le problème n’est pas ce que tu manges pendant la méthode Cohen. C’est ce que la méthode ne te dit pas sur l’après.

La question qui fâche : et après ?

C’est là que ça coince vraiment. Le même rapport de l’ANSES rappelle un chiffre qui refroidit : si on considère qu’un amaigrissement est réussi quand on a perdu au moins 10 % de son poids et qu’on les a gardés un an, seules 20 % des personnes y arrivent (Wing et al., 2005). Et la reprise s’accentue les années suivantes, quelle que soit la vitesse à laquelle on a perdu.

Pour Weight Watchers, on a au moins des essais sérieux qui mesurent ça, avec des suivis sur deux et cinq ans. On en parle en détail dans notre avis sur Weight Watchers. Pour la méthode Cohen, rien de comparable. Pas d’essai randomisé publié, pas de suivi à long terme indépendant. Les 700 000 membres, ce sont des inscriptions, pas des résultats.

Ça ne veut pas dire que ça ne marche pas. Ça veut dire qu’on n’en sait rien, au-delà des témoignages. Et un témoignage, c’est toujours celui de quelqu’un pour qui ça a marché.

Le Dr Cohen et l’Ordre des médecins

Petit détour nécessaire, parce que le nom du médecin est aussi celui de la marque. En novembre 2015, la chambre disciplinaire de l’Ordre des médecins l’a condamné à deux ans d’interdiction d’exercer, dont un avec sursis. Le motif : le site Savoir maigrir avait un caractère publicitaire, il y apparaissait en photo comme « votre expert nutrition » et il en tirait un bénéfice financier. Pour l’Ordre, c’était exercer la médecine comme un commerce. Le Conseil d’État a ensuite confirmé la sanction.

Fin 2020, il a lui-même demandé à être radié du tableau de l’Ordre, pour « raisons personnelles ». Il ne peut donc plus se présenter comme médecin.

On ne te raconte pas ça pour faire du sensationnel. Ça ne dit rien de la qualité de ses menus. Mais ça rappelle une chose simple : derrière la blouse blanche de la pub, il y a une entreprise. Garde-le en tête quand tu lis une promesse.

Pour qui ça peut coller, et pour qui c’est non

Ça peut te convenir si tu as besoin d’un cadre, que tu aimes qu’on te dise quoi mettre dans ton assiette, et que tu choisis un niveau calorique raisonnable. À 1 400 ou 1 600 kcal, avec des menus variés, on reste sur quelque chose de plutôt équilibré.

En revanche, on te déconseille franchement les formules à 900 kcal. C’est en dessous de ce que dépense au repos le corps de la plupart des femmes, simplement pour faire tourner le cœur, le cerveau et les organes. Si tu veux savoir où tu te situes, notre calculateur de besoin en calories te donne ton métabolisme de base en deux minutes. La HAS, dans ses recommandations de 2011 sur le surpoids, déconseille d’ailleurs les régimes trop restrictifs et déséquilibrés.

Et si tu as déjà eu un rapport compliqué avec la nourriture (restriction, crises, culpabilité après chaque repas), un programme qui chiffre ta journée n’est sans doute pas le bon outil. L’association Anorexie Boulimie Info Écoute répond au 09 69 325 900. Au bout du fil, des gens qui connaissent le sujet et ne jugent pas.

Et maintenant, on en fait quoi ?

Si tu hésites à t’inscrire, voilà trois pistes pour décider sans te faire avoir.

Commence par l’essai à un mois. Tu verras vite si les menus te ressemblent ou si tu les subis. Si tu te surprends à compter les heures jusqu’au prochain repas, c’est que le niveau est trop bas pour toi.

Oublie les formules express. La phase « booster » fait descendre la balance vite, surtout en eau. C’est grisant la première semaine, et c’est précisément là que les manques nutritionnels se logent.

Prépare l’après dès le premier jour. Note ce que tu gardes chaque semaine : une portion de légumes en plus, un dîner plus simple, un goûter qui cale vraiment. Le jour où tu arrêtes l’abonnement, ce sont ces petites habitudes qui restent, pas les menus.

En vrai, la méthode Cohen n’est ni la pire ni la meilleure. C’est un régime hypocalorique bien emballé, avec un vrai savoir-faire en diététique et un gros trou côté preuves. Si tu la choisis, choisis-la en connaissance de cause. Et si elle ne marche pas pour toi, ce n’est pas un échec de volonté : c’est juste que compter n’est pas la seule façon d’apprendre à manger.


Cette page synthétise des données scientifiques générales. Si tu envisages un changement alimentaire important, surtout en cas de pathologie, de traitement en cours, de grossesse ou d’antécédents de troubles alimentaires, parles-en d’abord à ton médecin. Nous, on est là pour t’aider à y voir clair, pas pour remplacer son avis.