Avant de te donner un chiffre, on va se mettre d’accord sur un truc. Le poids idéal n’existe pas. Pas comme tu l’imagines en tout cas. Ce n’est pas un nombre objectif, validé par la science, qui ferait de toi une version « optimale » de toi-même. C’est un concept bricolé au XIXᵉ siècle par des médecins et des assureurs, et qui s’est incrusté dans nos têtes depuis. Ceci dit, si tu es là, tu veux probablement quand même le chiffre. Le voici.

Tu es

D’où sort cette formule ?

Le calculateur ci-dessus utilise la formule de Lorentz, du nom d’un médecin militaire belge des années 1920. C’est l’une des plus utilisées en France, et elle ressemble à ça :

Femme : Taille (cm) − 100 − ((Taille − 150) / 2,5)

Homme : Taille (cm) − 100 − ((Taille − 150) / 4)

Lorentz a affiné une formule plus ancienne, celle de Broca (oui, le même Broca que l’aire cérébrale), qui disait simplement « poids idéal = taille − 100 ». Lorentz a ajouté un facteur correctif selon le sexe et la taille pour rendre ça moins absurde sur les très grandes ou très petites personnes.

Concrètement, pour une femme d'1m65 :

165 − 100 − ((165 − 150) / 2,5) = 65 − 6 = 59 kg

C’est ça, le « poids idéal » selon Lorentz. Tu as ton chiffre. Maintenant, parlons sérieusement.

Une formule inventée en 1929 ne peut pas connaître ton corps en 2026.

Pourquoi ce chiffre est trompeur (vraiment)

La formule de Lorentz, comme celle de Creff, Devine, Monnerot-Dumaine ou n’importe quelle autre formule de poids idéal, ne sait rien de toi. Elle ne sait pas :

  • Si tu es musclée (les sportives sont systématiquement « au-dessus du poids idéal » selon Lorentz alors qu’elles sont en super forme)
  • Quelle est ta morphologie (osseuse, fine, large…)
  • Quel est ton âge (le poids « idéal » à 20 ans n’est pas le même qu’à 50)
  • Ton historique de poids, qui pèse énormément dans ta capacité à stabiliser
  • Ton métabolisme, ton stress, ton sommeil, ton rapport à la nourriture
  • Et surtout : ton bien-être

Bref, c’est une formule statistique qui te donne une moyenne théorique pour ta taille. Pas un objectif personnel.

La vraie définition du poids idéal

Le poids idéal, ce n’est pas un chiffre. C’est :

  1. Le poids où tu te sens bien. Sérieusement. Où tu as de l’énergie, où tu dors bien, où tu n’y penses pas en permanence.
  2. Le poids que ton corps maintient sans effort. Pas celui que tu atteins après 3 semaines de restriction et que tu reprends en 2 mois.
  3. Le poids qui te permet de vivre. Sortir avec tes amies sans calculer chaque calorie. Manger un dessert sans culpabiliser. Faire du sport pour le plaisir et pas pour « brûler ».

Ce poids-là, personne ne peut te le calculer. Il varie selon les femmes, les périodes de la vie, les morphologies, les histoires.

Ton vrai poids idéal, c’est celui où tu n’y penses plus.

Le piège des formules de poids idéal

Voilà ce qu’il se passe quand on prend ces formules au sérieux :

  1. Tu te pèses → 67 kg
  2. Tu calcules → Lorentz dit 59 kg
  3. Tu fais le calcul mental → « il faut que je perde 8 kg »
  4. Tu te lances dans une restriction
  5. Tu perds 4 kg en 2 semaines (surtout de l’eau)
  6. Plateau, fatigue, frustration
  7. Tu craques, tu reprends 5 kg
  8. Tu te sens nulle

Ce scénario, c’est celui que vivent des millions de femmes. Pas parce qu’elles manquent de volonté, mais parce qu’elles ont pris pour vérité un chiffre statistique inventé par un assureur belge il y a 100 ans.

Et si tu veux quand même perdre du poids ?

Si tu sens que tu as besoin de bouger ton poids — pas par pression sociale mais parce que ton corps te le demande — voilà la posture saine :

  1. Vise un objectif modeste, genre 5 % de ton poids actuel sur 6 mois. C’est suffisant pour avoir un effet santé réel et c’est tenable.
  2. Concentre-toi sur les habitudes, pas sur le chiffre. Un repas équilibré le midi. Un fruit le matin. Une marche après le déjeuner. Du sommeil.
  3. Mesure ce qui compte vraiment : ton énergie, ton sommeil, comment tes vêtements tombent, ton humeur. La balance ment souvent ; ces indicateurs, beaucoup moins.
  4. Cherche un pro bienveillant. Une diététicienne « anti-régime » ou un médecin qui n’a pas une approche moralisante. Ces gens existent, cherche.
  5. Évite tout ce qui se présente comme un « régime ». Si c’est brutal, restrictif, ou que ça promet une perte rapide, c’est nul. Sans exception.

Le mot de la fin

Tu as voulu un chiffre, on te l’a donné. Mais lis bien : ce chiffre est une référence statistique, pas une vérité sur toi. Si tu en sors avec une seule chose de cette page, que ce soit celle-ci : arrête de chercher ton poids idéal dans une formule, et commence à le chercher dans ton ressenti. C’est plus long, c’est moins satisfaisant à 23h en pyjama, mais c’est le seul chemin qui mène quelque part.


Si ton rapport au poids te pèse au quotidien, parles-en à ton médecin ou à une diététicienne. Et si ça touche aux troubles alimentaires : Anorexie Boulimie Info Écoute, 09 69 325 900, gratuit et anonyme.